Histoire du lieu racontée par Zoé

 

Quand mes parents ont acheté le mas à M. Galy de Bouleternère, il nous a raconté comment il y vivait dans son enfance. Ses parents y élevaient des chèvres et cultivaient les terres qui le permettaient. Les terrasses du grand parc ont été des vignes, détruites lors de le crise du Phylloxéra qui a détruit une grande partie des vignobles de 1864 au début des années 1900. Les mas alentours étaient tous habités par des familles de paysans, les terrasses étaient entretenues par les bergers et leurs troupeaux, les sources irriguaient par un réseau de canaux et de bassins le moindre petit lopin de terre. M. Galy m’a raconté comment il allait tous les jours à l’école au village de Boule d’amont, à pieds par les sentiers de montagne. Pour un bon marcheur, il y a une heure de marche. Il y allait pieds nus, les souliers sur l’épaule pour ne pas les user, et les chaussait en arrivant aux portes de l’école.

Mes parents ont acheté le mas en 1977, en viager. M. Galy avait reçu plusieurs propositions, mais le projet d’élevage caprin l’a séduit car elle lui semblait dans le droit fil de l’histoire du lieu.  M. Galy et sa femme sont décédé quelques années plus tard dans de tristes circonstances : sa femme étant gravement malade, il a choisi de mettre fin à leurs jours à tous les deux.

Un an après l’installation de ma famille, alors que les travaux de restauration du mas allaient bon train et que le cheptel remontait la pente de la brucellose qui l’avait décimé juste avant l’arrivée à Can Bassol, un immense incendie, parti des Terres Blanches, entre Rodès et Bouleternère, à dévoré la montagne jusqu’au Pertus. Nous avons fuit devant les flammes, mais quelques jours après, nous sommes revenus et avons découvert un monde lunaire, un tas de cendres et de cailloux qui contrastait cruellement avec la nature luxuriante que nous avions aimé. Les chèvres, nourries de foin et de céréales et attendant que la verdure revienne, ont été intoxiquées à force de respirer la cendre  et beaucoup sont mortes de maladies pulmonaires.

Petit à petit, à force de travail acharné, le mas et son écrin, tel un phénix, ont émergé de leurs cendres. La partie basse du mas, la grande cuisine et les pièces au dessus, ont été remontées car il ne restait plus que des bases de murs. Le toit de la partie haute a été refait. Le bâtiment d’élevage a été construit après que le terrain ait été terrassé. Des parcs ont été construits. Le troupeau est arrivé à une cinquantaine de bêtes.

En 2000, ma mère est restée seule au mas après le départ de son mari. Elle a travaillé d'arrache pied, aidée par ses enfants pour maintenir la maison et l’exploitation en état jusqu’à sa mort, en 2011.

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